Retrouver la beauté à proximité avec Vincent Munier

L’interview suivant peut faire prendre conscience que les modes de vie actuels font oublier les choses les plus simples. Vincent Munier ne fait pas dans le donneur de leçon ou l’écolo bon chic bon genre, il décrit simplement ce qu’il ressent en cette époque troublée par ce micro-organisme qu’est un virus. Je valide complètement sa pensée puisque j’y adhère depuis quelques temps déjà. La consommation à outrance, le toujours plus entraînant un esprit de contestation systématique font que les vraies valeurs dispensées par la nature qui nous entoure, disparaissent. On en oublie même l’importance de cette nature si généreuse, on la galvaude, on la massacre à coup de déforestation sauvage comme en Amazonie pour ne citer qu’un exemple. L’humain s’est créé des priorités de plus en plus futiles essentiellement basées sur la consommation de masse et le loisir sous toutes ses formes. Il en a oublié l’essentiel…..

Savoir s’arrêter un moment et regarder un nuage qui passe, redécouvrir les beautés naturelles offertes par la mer, les forêts, le ciel ou la faune. C’est un style d’approche que je sens disparaître peu à peu et je trouve ce phénomène inquiétant. On se doit d’espérer que les générations futures prendront conscience de ce qui les entoure et j’espère que Léo et sa Mamou continueront d’observer à la jumelle, et en silence, les marmottes sur la butte d’en face sur un plateau des Pyrénées ariégeoises.

Prendre le temps de vivre, ça n’a pas de prix.

Vincent Munier a passé le confinement chez lui dans sa maison du massif vosgien. L’occasion pour lui de profiter de cette pause afin de changer de rythme et redécouvrir la beauté qui se trouve à proximité de chez lui. Après cet épisode, il souhaite sensibiliser sur la nécessité d’un changement de comportement et nous invite à la contemplation. 

Quel est votre regard sur la situation actuelle ?

On se doit d’être positif, nous n’avons pas le choix. Même si tous les signaux nous montrent à quel point, le fait de souhaiter vivre comme avant, nous mène droit dans le mur.  Ce confinement dû à la pandémie pourrait être une opportunité unique pour tendre vers une certaine décroissance, une sobriété heureuse, ralentir cette spirale infernale de la compétition, de la consommation à outrance et prendre le temps… Prendre de le temps de créer, de réfléchir, de penser, de rêvasser, de jouir, de faire plaisir, de s’émerveiller… Nous savions que le monde actuel est injuste et violent, mais cette période unique nous le montre encore plus.

Vous parliez récemment de l’utilité réelle du métier de photographe, quel est votre sentiment là-dessus ?

Nous sommes submergés d’images, de photographies, de vidéos… Comment donner plus de sens à notre métier ? Difficile question. Je n’ai pas la réponse. Peut-être en évitant de sombrer également dans le consumérisme, dans l’accumulation de belles images, d’enchaîner les voyages… cesser de suivre le mouvement, être plus singulier ? J’ai peur de cette immédiateté, ces réseaux sociaux (a-sociaux à mon sens) du tout, tout de suite. C’est tellement artificiel.

Vous sensibilisez depuis longtemps à l’idée de photographier la beauté de proximité, en quoi consiste cette démarche ?

La photographie comme je l’entends, c’est « attraper » des intuitions poétiques, les saisir c’est à dire avoir un regard, qui par notre histoire, éducation, épreuve, douleurs, joie… est singulier, personnel. J’aime dire qu’on ne photographie pas ce que l’on voit mais ce qu’on ressent. Et pour ce, le secret est le temps…prendre le temps. C’est la règle dans la photographie animalière, mais je pense aussi pour les autres domaines de la photo.

Retrouver la beauté à proximité avec Vincent Munier

Comment trouver le beau près de chez soi selon vous ?

Il est partout ! Même si la médiocrité et la laideur envahissent nos campagnes, nos villes, le beau est sur le pas de notre porte. On en a besoin, telle une nourriture spirituelle. Et la beauté, qui est singulière aussi, amène à l’amour, et l’amour à la protection et la protection au respect. On ne détruit pas ce que l’on aime, normalement.

Aussi, attention, la « nature » n’est pas un terrain de jeu de l’homme. Et ça, nous avons tendance à le croire, surtout avec ces voyages photographiques, qui parfois me font penser à ceux des chasseurs de trophées, entre autres. Mais aussi ce tourisme de proximité où on ne se contente plus de bonheur simple, mais il nous faut partir sur des projets délirants et écologiquement irresponsables. Voyez comment on « utilise » nos montagnes, comment le béton grignote le sauvage. c’est affligeant ! Pour des plaisirs futiles, éphémères… J’ai la sensation parfois qu’on se doit d’occuper le peuple qui s’emmerde, qui doit consommer car on il est formaté à ça, dès son plus jeune âge.

J’ai relu Giono et il dit dans « La chasse au bonheur » une phrase que je trouve juste : « Très peu de gens vivent dans le présent. Ils habitent le passé, le futur ou les deux. Les coups, ils les reçoivent deux fois. Les joies, ils les émoussent à l’avance. Ils vivent dans la crainte de malheurs que cette prévoyance démesure, dans l’attente de bonheurs que la distance épuise ».

Il va arriver un temps ou ce sera « has been » d’enchaîner les voyages. Il arrive, ce temps où nous devrions avoir honte de prendre l’avion. C’est mon cas ! Depuis une dizaine d’années, je suis dans ce paradoxe que j’essaie de corriger. J’y arrive et me sens plus en harmonie avec ce que je défends.

Aussi ne pas dissocier l’homme de la Nature. Comme dit Philippe Descola, anthropologue et philosophe, la nature n’existe pas. C’est une invention de l’homme pour s’en distancier. Et stupidement créer une hiérarchie. Ça explique les maux actuels L’arrogance et la prétention d’une espèce qui va par le fait à sa perte. Elle a déclaré la guerre aux autres êtres vivants. Une seule espèce décide du droit de vie ou de mort des autres. Quel toupet ! Ce qui nous gêne, on le supprime.

Retrouver la beauté à proximité avec Vincent Munier

Croyez-vous en l’idée d’une prise de conscience collective après cette crise ?

Oui, on doit y croire. « Pessimisme : lucidité – Optimisme : volonté » disait Antonio Gramsci.

Enfin, quel sera selon vous le défi pour les photographes dans les années à venir ?

Ne pas être victime de cette société. Cesser de suivre le mouvement. Peut-être être en marge… aussi plus humbles. Il y a un nivellement dans tous les domaines. J’aime les aspérités, les reliefs, les différences…la diversité ! Que ce soit au sein des êtres vivants ou dans la culture, la photo etc… C’est une force. Je ne suis plus surpris par la photographie actuellement car elle s’homogénéise. Espérons la singularité et l’authenticité.

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